TurboBoost, la nouvelle bête noire des constructeurs d’ordinateurs

TurboBoost, la nouvelle bête noire des constructeurs d’ordinateurs

Source: Pixabay

Ayant récemment rejoint une nouvelle société, j’ai tout naturellement reçu un nouvel ordinateur portable: le « flamboyant » Dell Latitude 7490. Équipé d’un processeur i7 de 8ème génération et possédant une spécification tout à fait décente, je m’attendais naturellement à pouvoir travailler de manière décente et lancer une tonne de processus gourmands en ressources, comme le demande ma fonction de développeur. Vous n’aurez cependant aucune peine à imaginer ma déconvenue lorsqu’après avoir ouvert mon éditeur de code préféré du moment (VS Code) ainsi que deux onglets Firefox, mon PC a tout bonnement… lancé au maximum son petit ventilateur. Las plus qu’étonné, j’émis un soupir juste avant quelque chose que je n’avais plus eu la chance de rencontrer jusqu’ici: un BSOD. C’est ainsi que j’ai commencé une petite investigation qui me mènera vers la nouvelle technique des fondeurs qui fait… fondre votre matériel.

Je m’explique: soucieux de réduire au maximum la consommation d’énergie des CPUs tout en garantissant une performance toujours accrue, Intel a décidé de brider ses créations à un peu moins de 2 GHz de base. Cependant, à cette fréquence, un CPU ne fonctionne pas de manière optimale pour de nombreuses tâches demandeuses en ressources. Le fondeur a donc décidé d’ajouter une fonction appelée « TurboBoost » (en sus de nombreuses autres technologies que je n’aborderai pas dans ce billet) permettant périodiquement et pour une durée limitée d’augmenter la cadence jusqu’à 4GHz, au besoin. Ainsi, lorsque le CPU détecte une demande importante, il s’autorise à augmenter le rythme et à consommer donc plus. Vous le savez peut-être, plus la cadence est élevée, plus le processeur consomme en énergie et plus il chauffe. C’est la limitation que les fondeurs tentent tant bien que mal de contourner depuis plusieurs années maintenant. L’idée du TurboBoost est, je dois l’admettre, plutôt bien trouvée. Sur le papier du moins, et c’était sans compter le travail des constructeurs de PCs.

Selon le site ExtremeTech.com dans ce billet en anglais intitulé « It’s Time to Call Out Laptop Manufacturers for Their Bullshit CPU Throttling », que je traduirais en français par « Il est grand temps d’interpeler les concepteurs de [ordinateurs] portables quant à leurs pratiques scandaleuses de limitation de CPU », l’auteur mentionne un fait des plus dérangeant: les concepteurs ne passent pas assez de temps à tester convenablement leurs architectures matérielles. En effet, Dell, HP et Apple – entre autres – ont pris la fâcheuse habitude de créer leurs ordinateurs portables, les tester selon des normes irréalistes, sans prendre en compte l’utilisation réelle qui sera faite du PC. En gros, et de manière caricaturée: si ça s’allume, c’est bon. Ce n’est pas sans me faire penser à l’équivalent non moins scandaleux du monde du développement logiciel: la technique du « ça compile, donc mon code est bon ». Non, ce n’est pas parce que ton code compile qu’il fonctionne comme prévu. C’est la même chose avec un ordinateur portable.

Le résultat de cette mauvaise conception d’ordinateurs est qu’un processeur i7 fonctionnera, en fin de compte, moins bien qu’un i5. Pourquoi cela ? Parce qu’un processeur i5 ne montera dans le pire des cas qu’à 3 GHz, au lieu des 4 atteints par le i7. La température étant moins élevée, le système de ventilation sera moins sollicité (donc plus silencieux) et l’ordinateur donnera le maximum de ses capacités. En revanche, la haute température générée par un i7 sera plus difficile à évacuer, ce qui entrainera une chauffe générale, une réduction de performances et un système globalement beaucoup plus bruyant dans une situation comparable.

Je vous conseille donc ceci: renseignez-vous convenablement avant d’acheter un nouvel ordinateur portable et, si possible, essayez-le auparavant. En cas de doute, optez plutôt pour un processeur de milieu de gamme (un i5) à un haut de gamme (i7 ou i9) qui ne vous permettra pas de bénéficier de performances accrues, bien au contraire. De même, envisagez plutôt une approche moins mobile si vous n’en avez pas absolument besoin. Les ordinateurs fixes (tours) sont en général plus puissantes et ont comparativement une meilleure durée de vie. Là où un portable de milieu de gamme durera probablement dans les 3-4 ans, un ordinateur fixe pourra vivre jusqu’au double de cette durée sans que vous n’ayez trop à vous plaindre de ses performances. Pensez-y !

Il ne reste plus qu’à espérer que les constructeurs se mobilisent face à cette « montée en température » (jeu de mot facile) des professionnel IT et que le tir soit prochainement corrigé. En ce qui me concerne, j’envisage également le downgrade à un i5 pour m’assurer des performances adéquates pour mon travail.

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